REVUE SENS 2012 AJCF

L’ÉVANGILE DE JÉRUSALEM
par Francis LAPIERRE
L’Harmattan, coll. Religions et
Spiritualité, 2006, 270 p., 24 Eu

LES RÉDACTEURS SELON SAINT
JEAN
par Francis LAPIERRE
L’Harmattan, coll. Religions et
Spiritualité, 2008, 230 p., 23 Eu

L’auteur nous permettra de signaler ensem--
ble ces deux ouvrages qui se complètent et qu’il présente lui-même comme deux volets d’une même recherche sur le socle sémitique commun aux trois évangiles canoniques et au corpus de Jean. Docteur es sciences, il est devenu, après une carrière d’Ingénieur, diacre permanent du diocèse de Nanterre et s’est passionné pour une question qui n’est pas nouvelle,
celle de l’hypothèse de l’existence d’un évangile écrit en araméen, dont les quatre évangélistes se seraient inspirés tout en le sélectionnant et le modifiant en fonction de leurs propres objectifs théologiques. Relativement technique, faisant entre autres, appel à des éléments de statistique linguistique, la démonstration est intéressante et a reçu les encouragements du Père Boismard de l’Ecole Biblique de Jérusalem.

Dans le premier volume, où il est question des évangiles synoptiques, l’auteur part de l’Evangile de Marc dont 80% des versets sont communs avec Matthieu et 65% avec Luc, ces deux derniers évangiles étant par ailleurs, plus longs que celui de Marc, d’où l’hypothèse de l’ancienneté de Marc par rapport aux autres. Mais s’agit-il d’une filiation directe ou la conséquence de l’existence d’un quatrième texte, antérieur aux trois autres et dans lequel chacun aurait puisé ? Une analyse systématique des « doublets », l’examen de la structure de l’évangile de Marc comparée aux autres, la formulation d’hypothèses d’abord sur les sources, ensuite sur les couches rédactionnelles qui ont abouti aux évangiles de Matthieu et de Luc, tout cela permet à l’auteur de penser qu’il a existé d’abord un canevas sémitique, qu’il nomme : l’évangile de Jérusalem, élaboré probablement autour de l’apôtre Jacques, qu’il suppose être un texte de 280 versets, que des additions de rédacteurs pauliniens ont transformé en l’Évangile de Marc que nous connaissons.

Vient ensuite le travail de Luc, puis celui des disciples de Pierre qui donnent l’Évangile grec de Matthieu. Une comparaison des trois évangiles sur leur présentation des rites eucharistiques qui n’utilisent ni le même vocabulaire, ni les mêmes concepts, montrent à l’évidence que certains passages s’adressent à une communauté judaïsante, d’autres à des païens convertis.

Le second volume poursuit cette recherche sur le corpus de Jean : Évangile, Lettres et Apocalypse. L’Évangile de Jean, œuvre collective elle aussi, avec plusieurs couches rédactionnelles, adopte d’emblée un autre plan que les Évangiles synoptiques. Cela n’empêche pas de trouver dans le texte, 60 versets communs avec ceux-ci et venant du socle sémitique. Mais il est manifeste que Jean et ceux qui ont travaillé à la mise au point du corpus johannique avaient des intentions théologiques différentes. Une analyse minutieuse, verset par verset, de l’Évangile, conduit l’auteur à un chronologie possible des rédactions et à la proposition (pp. 107-185) d’une présentation du texte en distinguant par des polices de caractères différentes les rédacteurs successifs.

L’examen des Lettres, d’une part, de l’Apocalypse d’autre part, le conduit à prolonger et approfondir ses hypothèses. En particulier parce que l’Évangile de Jean et l’Apocalypse (Révélation) ont peu de thèmes en commun, l’auteur suggère que le rédacteur des Visions (ch. 4 à 21) pourrait être un judéo-chrétien de l’entourage de Jacques : un rédacteur postérieur, de l’école de Jean le théologien a ensuite complété le texte en y rajoutant l’introduction (les chapitres 2 et 3) sous forme des lettres aux sept Eglises pour pouvoir diffuser ces visions aux Eglises d’Asie.

On dira que tout ceci est hypothétique et l’auteur ne s’en cache pas. Mais son travail est suggestif et ce faisant, il propose un tableau cohérent de l’origine et de la formation des Evangiles. Ce n’est pas un mince résultat.

Y.C.

Extrait de « SENS » revue de l’AJCF (2012), p.p. 842-843.

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