Ma vocation
Trouver l’origine des Évangiles !
Je suis tombé dans le christianisme, sans me poser beaucoup de questions : tout simplement parce que mes parents étaient chrétiens ! Deux choses m’ont aidé à développer ma foi : la lecture de mon missel, reçu à l’occasion de ma communion solennelle, où je découvris que derrière le latin se cachaient des prières qui avaient du sens (!) et quelques années plus tard, où noyé dans un ensemble choral de plus de trois-cents chanteurs, je fus soulevé de terre par la grande houle des chœurs de « La Passion selon saint Jean » de Bach.
Déjà, l’étudiant que j’étais, refusait ce qui s’enseignait alors sur l’histoire des évangiles :
« Les évangélistes n’ont pas connu Jésus. Marc écrit un évangile incomplet vers 70, Luc (pour Paul ?) et Matthieu écrivent vers 80/85 en intégrant dans leur canevas une « Deuxième Source » inconnue de Marc. Jean est terminé autour de 95… » Devant les doutes exprimés par de nombreux non-croyants, sur l’historicité du message, l’Église ne trouve rien de mieux à dire, que : « l’Esprit Saint est garant de la transmission ! » Je me promets de reprendre un jour la question !
Face aux Evangiles, les 14 Lettres de Paul sont réputées plus anciennes, puisque la mort de Paul à Rome est estimée autour de 65. Mon attention est attirée lorsque je découvre que certaines lettres de Paul reprennent des hymnes de l’Église primitive ! Curieuse Église grecque qui commencerait ses écrits par le Carnet de Chants et pas par la manière d’enseigner et célébrer le culte et les sacrements !
Enfin, dans les années 1980, deux spécialistes de l’hébreu : J. Carmignac et Cl. Tresmontant font remarquer que bien que tous les manuscrits des évangiles soient en grec, certains chapitres de Marc et de Matthieu témoignent sous le grec d’une pensée et d’une grammaire hébraïque ou araméenne.
Autrement dit : sous le texte chrétien demeure un socle de culture Juive !
L’observation décisive va venir du Père M-É Boismard, Directeur de l’ÉBAF[1]de Jérusalem, qui écrit en 1994[2] : « Marc tient de deux sources distinctes les deux récits des multiplications des pains et quelques-uns des évènements qui les suivent. »
Et si tout l’évangile de Marc résultait d’un double récit ? Marc est célèbre pour ses doublets : (des choses racontées deux fois). Serait-ce dû à l’emphase d’un conteur ou la trace d’un double récit ?
Je plonge dans le texte et découvre 80 doublets sémitiques/grecs révélant un double vocabulaire couvrant tout l’Évangile. Je fais part de ma découverte au Père M-É Boismard, qui valide l’idée des doublets sur tout le texte, propose deux améliorations et offre de m’aider… Hélas, le Père n’a plus retravaillé sur l’Évangile de Marc.
« Et le diaconat ? » me direz-vous. Il mûrit lentement et sans rapport évident avec la rédaction des évangiles. En 1992, je participe en tant que délégué de ma paroisse, au Synode du Diocèse de Nanterre. Je rêve de promouvoir la fonction « d’Assistant de Paroisse », qui soulagerait le prêtre des tâches administratives et techniques pour lui laisser plus de temps pour l’annonce de la Parole de Dieu.
Mais l’Église a un autre projet : réfléchir sur les prêtres, les diacres, et les laïcs en charge ecclésiale. Lors de la session des diacres (il faut qu’ils soient jeunes, bien formés puisqu’ils disent la Parole, peut-être leur sera-t-il difficile d’avoir un métier à plein temps ?)… Soudain, je me lève et je dis : « s’il y a des diacres, ils sont parmi nous ! » Je sens une main qui se pose sur mon épaule droite, et une voix derrière moi, me dit : « Répète ce que tu viens de dire imbécile l » Je garantis : « Imbécile ! » Je venais de me piéger tout seul…et fus ordonné diacre en Juin 1997.
[1] École Biblique et Archéologique Française.
[2] M-É Boismard, L’évangile de Marc, sa préhistoire, Gabalda édit, 1994.
Lire en lign :
Ev Marc SEM GREC Brest 2004
Lire en lign :
MARC Evangile bicolore
Si tout ceci vous intéresse :
Lisez : L’évangile de Jérusalem, L’Harmattan (2006), qui vous donne les deux récits de Marc ;
Ou : L’évangile oublié, L’Harmattan (2018), qui analyse les conséquences d’un évangile araméen écrit dans les années 40/45 : Paul connaissait donc (au moins) cette partie primitive des évangiles et Luc n’a pas écrit les « Actes des Apôtres », parce que la mission de Pierre et Jean (les douze premiers chapitres) sont traduits de l’araméen.
Regardez : « Les racines Juives des Evangiles » sur Youtube ;
Et : « Les évangiles : de l’oral à l’écrit et de l’araméen au grec » sur Youtube.